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«Numéro 57, femme, environ vingt ans» Charlie Hebdo 14/10/2013

Charlie



«Numéro 57, femme, environ vingt ans»

14 octobre 2013

Espoir du migrant: échapper à la pauvreté, vivre une vie rêvée dans les bidonvilles à travers la musique des paraboles. Quelle dose de courage et de désespoir il faut pour dépenser son maigre patrimoine et tenter le coup du passage sur un radeau! Et tous ces types qui, au nord, nous bassinent avec «l’esprit d’entreprise»... Où est-il, l’esprit d’entreprise? Chez les Européens épais comme des moines assis sur leur graisse et leur tas d’or, entourés de gardes-côtes et de flics, ou chez ces gars qui prennent par la main femmes enceintes et enfants et s’en vont sur la mer mauvaise? Qui sont les courageux? Ces super-Roms, ces clochards magnifiques, ces Somaliens et ces Érythréens qui voguent vers Lampedusa, ou les usuriers qui ont ruiné l’Afrique, détruit les économies vivrières, pillé les ressources, fomenté des plans d’ajustement structurels, soutenu des régimes corrompus, détruit des forêts et des espèces superbes comme ces abrutis de Japonais qui commandent des cornes de rhinocéros parce qu’ils ne bandent plus, avec la bénédiction des Cochons du Désert qui placent leurs revenus du pétrole en achetant des palaces à Paris? Ou installent des pistes de ski sur leurs dunes?

Au fond, chasser le Rom, c’est ouvrir le feu sur les radeaux de la Méduse s’efforçant d’accoster en Europe. C’est enfoncer la tête des types en train de se noyer. On pleure en France sur tous ces cadavres de quinze ou vingt ans, mais en même temps on cogne sur les plus faibles des faibles. Il existe un délit de complicité d’immigration clandestine ; les pêcheurs autour de Lampedusa ont interdiction de porter secours aux migrants clandestins... Mais quel monde! Quel beau monde libéral! Car le libéralisme économique dont Monsieur Barroso nous rebat les oreilles depuis douze ans de pantouflage à la Commission européenne promeut la libre circulation de l’argent et des pacotilles, mais celle des hommes, ah non! surtout pas! Quel monde, où la liberté appartient aux marchandises et au fric et est interdite aux hommes! Il paraît que ce monsieur Barroso va se rendre sur l’île de Lampedusa... Quoi faire? Compter les cadavres? Hocher la tête devant ce cadavre «femme n° 57, environ 20 ans»? Prêcher les réformes structurelles du marché du travail? Demander de rééquilibrer les budgets pour payer les intérêts aux personnes de son espèce? Prier? Communier peut-être? Non, il va simplement dire: «Il faut faire quelque chose.»

«La prochaine fois, on vous apporte les morts au Parlement», criaient ces habitants de Lampedusa aux parlementaires italiens. Mais, pauvres gens de l’île, pourquoi porter des cadavres devant des cadavres? Ne voyez-vous pas que tous ces ardents libéraux et entrepreneurs et accumulateurs d’argent de Rome, de Bruxelles ou de Strasbourg sont déjà morts? Que leur Europe est un cimetière? Allons, n’exagérons pas: une maison de retraite, avec majorité de grabataires.

Devant le drame de Lampedusa, tout sauf des larmes.


Tandis que l’Amérique bloque un budget pour que les plus pauvres n’aient surtout pas accès aux soins médicaux, l’Europe célèbre la joie de vivre dans l’équilibre budgétaire et les bijoutiers qui flinguent les voleurs à la tire. Tandis que les classes inférieures se noyaient, les premières classes embarquées dans les canots de sauvetage du Titanic pleuraient à chaudes larmes. Alors, devant le drame de Lampedusa, tout sauf des larmes. Et là, M. Barroso ayant digéré son ragoût arrosé de bourgogne dans un bon hôtel de Lampedusa, essuyant sa bouche, tapotant sa bedaine, nous dit: «Mais le libre-échange crée des emplois! Le libre-échange sauve l’Afrique.» Mais bien sûr, c’est exactement ce que pensait «femme n° 57, environ 20 ans», une vraie femme, cher Monsieur de la Commission européenne, avec tout ce qui fait une femme, une femme qui a dû sourire au vent de la mer et se serrer contre ses compagnons avant que le bateau prenne feu. Messieurs les marchands de la Commission, les ergoteurs de «l’efficacité économique» et de «l’esprit d’entreprise qui crée des emplois», n’oubliez pas: numéro 57. Dans vos réunions d’ectoplasmes des pays riches pour habitants trop gras, souvenez-vous un instant: numéro 57, femme, environ vingt ans. Le bel âge, non?

Bernard Maris

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Par : Bernard Maris

 

Fin de la mondialisation, début de la révolution? 29 octobre 2013

Si même le FMI s’y met… Si même le FMI constate que les inégalités sont devenues trop fortes, la fraude fiscale trop intense, la domination des puissances économiques sur les États trop importante, alors où va-t-on! On n’en est pas tout à fait là, mais on sent un frémissement… Désormais, ce n’est plus l’État le problème, comme le clamaient Reagan et Thatcher, mais sa faiblesse. Comme si l’acharnement à détruire la puissance publique commençait à faire peur aux nantis, qui anticipent leur tête au bout d’une pique… Se pourrait-il que nos hauts fonctionnaires, tous adeptes du libéralisme le plus effréné, recommencent à considérer l’intérêt de celui qui les emploie, l’État ? À propos de ces traîtres, Emmanuel Todd propose une explication assez satisfaisante : ces gens, au fond, sont des planqués qui savent bien que leur patron, l’État, ne peut pas être délocalisé ; ils bavent donc sur lui en toute impunité. En plus, ils peuvent espérer être récompensés par un fief juteux, genre grande banque. La trahison de la haute fonction publique est l’un des phénomènes les plus tristes de notre époque : elle s’est mise au service du capital en lieu et place du bien public. L’État ne sera bientôt plus capable de fournir la base du service public, l’accès à l’éducation, à la santé, et on peut imaginer un monde où l’État aura complètement disparu des zones de non-droit, tandis que des cœurs métropolitains, toujours plus riches, toujours plus « communicants » et branchés sur l’international, conserveront un maximum de police et un minimum de services publics. Et le reste ? Le cas de la Bretagne est intéressant. D’un côté, des producteurs industriels de viande qui cassent les barrières de péage installées pour faire payer (un peu, à peine) aux camions leurs pollutions et leurs dégâts environnementaux, et qui réclament une fois de plus à l’État de l’argent. De l’autre, une économie solidaire et de proximité plus développée qu’ailleurs, des circuits courts, une densité de coopératives extraordinaire. Comme toujours, l’État plie devant les casseurs et les pollueurs.

Deux solutions : 1) Ça continue et tout finit par s’effondrer. L’humanité disparaît, ou végète, entre îlots de riches protégés par des policiers et masses plus ou moins errantes de pauvres (Lampedusa puissance 100).

2) On fait la révolution. Elle vient. Elle commence. Elle s’étend. C’est l’hypothèse d’Éric Hazan (voir « Zarzélettres », ci-contre). Le socialisme et la fraternité gagnent. On échange du chocolat sénégalais contre du café du Chiapas ou du thé chinois, tandis que de jeunes gens joyeux font gratuitement visiter le Louvre. Le besoin de posséder diminue, puis disparaît, parce que les choses deviennent accessibles. « Plutôt que d’imaginer une somme de richesses fixes à se partager, ou que tout le 9-3 vienne squatter le XVIe, mieux vaut penser à ce qui se passerait si l’on donnait aux maçons, aux couvreurs, aux peintres du 9-3 les moyens de bâtir à leur façon, en suivant les désirs des habitants. En quelques années, la discussion entre voisins remplaçant l’hypocrite Code de l’urbanisme, le 9-3 serait un chef-d’œuvre architectural que l’on viendrait visiter de partout, comme il en est du palais du facteur Cheval. Il n’y a que les bourgeois pour croire que tout le monde leur envie ce qu’ils ont. » C’est magnifique. Avec deux petits bémols : le « en quelques années »…  Combien ? Deux ans ? Dix ans ? Un siècle ? Et l’envie qui disparaît… L’envie, croix des envieux, l’envie, le pire des péchés capitaux… L’envie au cœur de l’homme, avec la violence. Si l’envie disparaît, le capitalisme disparaît, c’est bien évident. Vous y croyez?

Bernard Maris



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Par : Bernard Maris



06/11/2013
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